La retraite progressive permet de travailler à temps partiel tout en percevant une fraction de sa pension. Sur le terrain des congés payés, le passage à temps partiel soulève une question récurrente : combien de jours sont réellement acquis, et comment les poser sans en perdre au passage ?
Temps partiel en retraite progressive et acquisition des congés payés
Le principe est plus simple qu’il n’y paraît. Un salarié en retraite progressive reste un salarié à temps partiel. Le Code du travail ne réduit pas le nombre de jours de congés payés acquis par un salarié au motif qu’il travaille moins d’heures par semaine.
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Chaque mois de travail effectif ouvre droit à 2,5 jours ouvrables de congés payés, quel que soit le volume horaire du contrat. Sur une année complète, cela donne 30 jours ouvrables, soit 5 semaines, exactement comme un salarié à temps plein.
Cette règle s’applique que le temps partiel soit fixé à 40 %, 60 % ou 80 % de la durée légale. La quotité de travail choisie dans le cadre de la retraite progressive (entre 40 % et 80 % dans le privé, entre 50 % et 90 % dans la fonction publique) n’a aucune incidence sur le nombre de jours acquis.
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Décompte des congés posés à temps partiel : le piège du jour non travaillé
L’acquisition est identique, mais le décompte des jours posés ne fonctionne pas comme à temps plein. C’est ici que la majorité des erreurs se produisent, parfois au détriment du salarié.
La règle du décompte en jours ouvrables
En jours ouvrables (du lundi au samedi), chaque jour ouvrable compris dans la période de congé est décompté, y compris les jours habituellement non travaillés. Le samedi, par exemple, est décompté même si le salarié ne travaille jamais ce jour-là, sauf s’il tombe en fin de période de congé.
Prenons un salarié en retraite progressive qui travaille le lundi, mardi et jeudi. Il pose une semaine de congés du lundi au vendredi. Le décompte inclut le lundi, mardi, mercredi (non travaillé), jeudi, vendredi (non travaillé) et le samedi. Six jours ouvrables sont décomptés, dont trois qu’il n’aurait de toute façon pas travaillés.
L’alternative en jours ouvrés
Certaines entreprises décomptent en jours ouvrés (uniquement les jours effectivement travaillés dans l’entreprise). Dans ce cas, seuls les jours où le salarié aurait dû travailler sont décomptés. Le salarié de l’exemple précédent se verrait retirer 3 jours ouvrés au lieu de 6 jours ouvrables.
La convention collective ou l’accord d’entreprise détermine le mode de décompte applicable. Vérifier ce point avant de poser ses congés est la première chose à faire en retraite progressive.
Poser ses congés payés en retraite progressive sans en perdre
Le risque principal n’est pas de perdre des jours au sens juridique. Les congés acquis restent acquis. Le risque réel est de consommer ses jours de façon inefficace à cause du décompte.
Voici les pratiques qui permettent de augmenter l’utilisation de ses jours :
- Poser ses congés en commençant par un jour travaillé et en terminant la veille d’un jour non travaillé. Cela évite que des jours non travaillés soient inutilement décomptés en fin de période.
- Privilégier les congés par journées isolées plutôt que par semaines complètes, si le décompte se fait en jours ouvrables. Chaque journée posée un jour travaillé « coûte » un seul jour de congé.
- Utiliser les jours de CET (compte épargne-temps) ou de RTT restants pour couvrir les jours non travaillés encadrant une période de congé, afin de ne pas gaspiller de congés payés sur ces créneaux.
- Demander la conversion du décompte en jours ouvrés si un accord d’entreprise le permet, ce qui reste la méthode la plus avantageuse en temps partiel.
Congés payés et arrêt maladie pendant la retraite progressive
La loi n° 2024-364 du 22 avril 2024 a modifié un point longtemps litigieux. Les arrêts maladie non professionnels ouvrent désormais droit à des congés payés, à raison de 2 jours ouvrables par mois d’absence, dans la limite de 24 jours par période de référence.
Pour un salarié en retraite progressive, cette évolution a un impact concret. Un arrêt maladie de plusieurs mois ne crée plus un trou dans l’acquisition des congés. Les jours acquis pendant l’arrêt viennent s’ajouter au solde, ce qui protège la fin de carrière d’une perte sèche de droits à congés.

Retraite progressive dès 60 ans : une fenêtre plus large pour planifier ses congés
Depuis l’été 2026, un décret a abaissé à 60 ans l’âge d’accès à la retraite progressive pour les salariés du privé, les fonctionnaires et certains indépendants, sous réserve de 150 trimestres validés. Cette mesure ouvre une fenêtre de transition qui peut durer plusieurs années avant le départ définitif.
Sur une période de 2 à 5 ans en retraite progressive, le cumul de congés payés non posés peut devenir significatif. Les jours non pris en fin de période de référence sont reportables ou indemnisables selon les règles de l’entreprise, mais rien ne garantit un report automatique.
Deux réflexes à adopter :
- Planifier ses congés dès le début de la retraite progressive, en tenant compte du calendrier de départ définitif, pour éviter un solde de jours non posés au moment de la liquidation complète.
- Vérifier si l’indemnité compensatrice de congés payés versée au départ sera calculée sur la base du salaire à temps partiel ou du salaire reconstitué à temps plein. La règle du dixième peut s’avérer plus favorable que le maintien de salaire pour les salariés passés récemment à temps partiel.
L’indemnité compensatrice de congés payés est calculée selon la méthode la plus avantageuse entre le maintien de salaire et le dixième de la rémunération brute totale perçue pendant la période de référence. En retraite progressive, le salaire de référence étant réduit par le temps partiel, la comparaison entre les deux méthodes mérite d’être faite avant le départ.
La retraite progressive ne retire aucun jour de congé. Le nombre de jours acquis reste strictement identique à celui d’un temps plein. Toute la différence se joue dans la manière de les poser et dans le calcul de l’indemnité versée pour les jours restants au moment du départ définitif.

