La déconjugalisation de l’AAH est entrée en vigueur le 1er octobre 2023. Les revenus du conjoint ne sont plus systématiquement pris en compte dans le calcul de l’allocation aux adultes handicapés pour les personnes en couple. Deux ans et demi après cette réforme, la question de savoir si elle profite réellement à votre situation reste légitime, parce que le mécanisme retenu par la CAF et la MSA n’est pas aussi simple qu’un abandon pur et simple de la conjugalisation.
Le double calcul automatique de la CAF : un mécanisme rarement détaillé
Contrairement à ce que le terme « déconjugalisation » laisse entendre, la CAF n’a pas supprimé l’ancien mode de calcul. Elle effectue une comparaison automatique entre deux modes de calcul : l’un basé sur les seules ressources du bénéficiaire (déconjugalisé), l’autre intégrant les revenus du couple (conjugalisé). C’est le montant le plus avantageux qui est retenu.
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Ce mécanisme de comparaison protège les allocataires dont le calcul conjugalisé restait plus favorable, par exemple lorsque le conjoint dispose de très faibles revenus et que le plafond de ressources du couple offrait un montant d’AAH supérieur. La bascule vers le calcul déconjugalisé ne devient définitive que lorsqu’il devient plus avantageux, et ce passage est alors irréversible.
En pratique, vous n’avez pas à « demander » la déconjugalisation. Le système l’applique ou non selon votre situation financière réelle. La vraie question porte sur ce qui entre dans le calcul, et quand.
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Revenus de référence en 2026 : pourquoi vos droits reposent sur l’année 2024
Un point technique change la donne pour toute personne qui évalue ses droits en 2026 : la CAF utilise les ressources de l’année N-2 pour calculer l’AAH. Une demande ou un renouvellement traité en 2026 repose donc sur les revenus déclarés en 2024.
Cette règle a une conséquence directe. Si votre conjoint avait des revenus élevés en 2024, le calcul conjugalisé peut rester défavorable pendant encore plusieurs trimestres, même si sa situation a changé depuis. À l’inverse, si vos propres revenus personnels de 2024 étaient faibles, le calcul déconjugalisé a de bonnes chances d’être retenu d’emblée.
Les contenus grand public expliquent rarement ce décalage temporel. La réforme a été votée en 2022, appliquée en 2023, mais ses effets concrets sur vos droits 2026 dépendent de données fiscales qui remontent à deux ans. Un changement de situation professionnelle récent (perte d’emploi du conjoint, reprise d’activité du bénéficiaire) ne se reflétera dans le calcul qu’avec ce délai.
Projet de décret 2026 : une évolution en discussion pour l’AAH et les pensions
Un élément prospectif mérite attention. Un projet de décret est en discussion pour 2026, visant à faire évoluer le mode de calcul de l’AAH en lien avec les pensions d’invalidité ou de vieillesse. L’objectif déclaré est de retenir systématiquement le mode de calcul le plus favorable aux personnes handicapées lorsque plusieurs règles sont applicables.
Ce texte n’est pas encore en vigueur. Les données disponibles ne permettent pas de conclure sur son calendrier exact ni sur son périmètre final. En revanche, son existence signale que le cadre réglementaire de l’AAH n’est pas figé, et que certaines configurations (cumul AAH et pension d’invalidité, passage à la retraite) pourraient être recalculées différemment dans les mois à venir.
Pour les bénéficiaires proches de 60 ou 62 ans, cette incertitude est particulièrement sensible. Des questions parlementaires récentes ont porté sur le maintien de l’AAH après 62 ans pour tous les bénéficiaires, mais le gouvernement a écarté cette option, privilégiant le basculement vers l’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA). Si le décret modifie les règles d’articulation entre AAH et pension de vieillesse, le moment où vous signalez un changement de situation pourrait influencer le montant retenu.
Situations où la déconjugalisation de l’AAH change réellement la donne
Le bénéfice concret de la réforme dépend de profils précis. Les pouvoirs publics évoquent environ 120 000 personnes concernées par une hausse de leur allocation, dont environ 80 000 qui ne percevaient auparavant aucune AAH et sont devenues éligibles depuis octobre 2023.
Trois configurations ressortent nettement :
- Le conjoint perçoit des revenus salariaux ou de remplacement supérieurs au plafond de ressources du couple : dans ce cas, le calcul déconjugalisé permet de ne considérer que les ressources propres du bénéficiaire, souvent très faibles, et d’ouvrir ou d’augmenter le droit à l’AAH
- Le bénéficiaire n’a aucun revenu personnel et vivait en couple sans percevoir l’AAH à cause des revenus du conjoint : la déconjugalisation peut ouvrir un droit là où il n’existait pas
- Le couple dispose de revenus mixtes (un conjoint salarié, un bénéficiaire avec une petite pension d’invalidité) : la comparaison automatique tranche au cas par cas, et le résultat n’est pas toujours prévisible sans simulation
À l’inverse, pour une personne seule ou dont le conjoint a des revenus très modestes, la réforme ne modifie rien. Le montant maximal de l’AAH reste fixé à 1 033,32 euros par mois en 2026, quel que soit le mode de calcul retenu.
Simuler avant d’agir : la seule démarche utile en 2026
Puisque la CAF applique automatiquement le calcul le plus favorable, la démarche concrète n’est pas de « demander » la déconjugalisation. Elle consiste à vérifier que votre dossier reflète bien votre situation actuelle, et à anticiper l’impact du décalage N-2.
- Utilisez le simulateur officiel sur mesdroitssociaux.gouv.fr pour estimer votre droit à l’AAH avec vos données réelles
- Signalez tout changement de situation (séparation, mise en couple, départ en retraite du conjoint) dès qu’il survient, car le recalcul ne se déclenche pas toujours automatiquement
- Si vous approchez de 62 ans, renseignez-vous auprès de votre MDPH sur les règles de basculement vers l’ASPA, car la transition reste un point de friction non résolu par la réforme actuelle

Le cadre de la déconjugalisation est posé depuis 2023, mais ses effets réels en 2026 dépendent de variables individuelles que seul un examen de votre dossier peut trancher. Le projet de décret en cours de discussion pourrait encore modifier l’équilibre entre AAH, pensions d’invalidité et allocation vieillesse. Surveiller l’actualité réglementaire reste, pour les mois à venir, aussi utile que de vérifier ses droits sur un simulateur.

