Le marché du travail, à 59 ans, n’a rien d’un terrain balisé. Les chiffres, les lois, les dispositifs : tout semble conçu pour des carrières linéaires, sans embûches ni virages tardifs. Pourtant, chaque année, des milliers de femmes et d’hommes relèvent le défi de retrouver un emploi à la veille de la soixantaine. Leur parcours, loin des clichés, impose de connaître précisément ses droits, ses leviers et les marges de manœuvre réelles offertes par la législation.
Droit au chômage des personnes âgées : indemnisation
Un demandeur d’emploi senior, dès lors qu’il remplit les critères, a accès à l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE). Le dernier contrat doit avoir pris fin dans un cadre réglementaire : licenciement (hors motifs liés à l’âge), fin de CDD, rupture conventionnelle, démission reconnue légitime ou démission pour reconversion. Ces dispositifs s’appuient sur l’article L. 5422-1-1 du Code du travail depuis novembre 2019.
Pour prétendre à l’ARE en tant que senior, le parcours professionnel importe. Entre 50 et 52 ans, il faut avoir exercé une activité salariée pendant au moins six mois au cours des 24 derniers mois. À partir de 53 ans, la période de référence s’étend à 36 mois, et là aussi, six mois d’activité sont requis dans cet intervalle.
Le temps d’indemnisation varie nettement selon l’âge atteint au moment de l’inscription à Pôle emploi :
- De 50 à 52 ans, la durée maximale d’indemnisation s’établit à 24 mois.
- De 53 à 54 ans, elle grimpe à 30 mois (36 mois en cas de formation en cours).
- À compter de 55 ans, la couverture atteint 36 mois.
Les salariés de 59 ans confrontés au chômage échappent à la dégressivité de l’allocation qui frappe les cadres supérieurs. Pour mémoire, les personnes percevant plus de 4 500 euros bruts par mois voient leur allocation réduite de 30 % après six mois, avec un plancher à 2 530 euros. Cette règle ne s’applique pas dans leur situation.
Le maintien des droits
À l’approche de la retraite, les perspectives d’embauche se réduisent. Pour les cadres, la transition entre indemnisation chômage et pension de retraite se prépare en amont.
Si la personne indemnisée a acquis tous les trimestres nécessaires pour une retraite à taux plein, elle peut demander la liquidation de sa pension même avant la fin de ses droits ARE. L’enchaînement se fait : l’assurance chômage s’arrête au profit de la retraite, à condition de déposer le dossier auprès de la caisse de retraite.
Mais comment procéder si, à 62 ans (après trois ans de chômage démarrés à 59 ans), la retraite à taux plein reste hors de portée ? Le maintien de l’indemnisation reste possible jusqu’à 67 ans, sous réserve de remplir plusieurs conditions cumulatives :
- Avoir 62 ans révolus ;
- Justifier d’au moins un an d’indemnisation ;
- Avoir validé un minimum de 100 trimestres pour la retraite ;
- Avoir été affilié à l’assurance chômage au moins 12 ans sur sa carrière ;
- Pouvoir démontrer une année d’activité en continu ou deux ans de façon discontinue sur les 5 dernières années de travail.
Se retrouver au chômage avant 59 ans, sans pouvoir bénéficier des 36 mois d’indemnisation en atteignant 62 ans, place face à une impasse. Une longue période sans ressources peut alors s’installer. Dans ce cas, reprendre une activité, même à temps partiel, permet souvent d’allonger la période d’indemnisation, voire d’ouvrir de nouveaux droits. Cette flexibilité, parfois négligée, s’avère précieuse pour gérer la transition.
Qu’en est-il de la cotisation de retraite ?
Les périodes d’indemnisation chômage intègrent le calcul des droits à la retraite. Chaque tranche de 50 jours indemnisés équivaut à un trimestre validé, dans la limite de quatre trimestres par an. Cela concerne aussi bien le régime général que les complémentaires. Pour les régimes complémentaires comme l’Agirc-Arrco, le calcul repose sur un système de points indexés sur un salaire de référence journalier, avec un plafond qui, en 2020, atteignait 164 544 euros. Ce mode de calcul s’applique également à l’ARE.
Pour les plus de 55 ans sans revenus, il est possible de valider jusqu’à 20 trimestres de retraite, à condition d’avoir cotisé au moins 20 ans au régime de base. Attention, l’AER n’entre pas dans le calcul du montant de la pension : seuls les salaires antérieurs servent de référence pour la retraite.
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