Le mot ehpad, signification et origine expliquées simplement

4 millions de Français en situation de « perte d’autonomie » d’ici trente ans : la statistique n’a rien d’abstrait. Près d’un quart de ces personnes auront besoin d’un lieu de vie adapté, quand notre parc actuel de maisons de retraite ne compte que 600 000 places. Les besoins explosent, et l’état du bâti laisse songeur : la moitié des établissements ont été construits ou rénovés avant 2004, selon l’Agence d’appui à la performance (ANAP). Mais au-delà du nombre, la question de la qualité de vie s’impose de plus en plus.

Le rapport parlementaire mené par Monique Iborra et Caroline Fiat en 2018 le martelait : les personnes âgées ne devraient pas se contenter d’un minimum. Elles peuvent et doivent prétendre à « du beau et du bien ». Les attentes montent, les familles scrutent chaque détail, et la prochaine génération de résidents sera loin de se satisfaire de l’existant.

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Se sentir chez soi

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Aux dernières Assises nationales de l’EHPAD à Paris, deux architectes ont mis les points sur les i : changer les mots, ce n’est pas un détail. Oublier le jargon sec d’« EHPAD » au profit de « maison de retraite », c’est affirmer que ces lieux doivent d’abord être pensés pour vivre, et pas juste pour assurer des soins. Jean-Pierre Lévêque, du cabinet Brénac & Gonzalez, n’a pas mâché ses mots : « Nous ne vivons pas pour nous soigner, nous nous soignons pour vivre ».

La pandémie a ouvert brutalement les yeux sur la nécessité de penser le cadre de vie. Impossible de se contenter de calculs de rentabilité au mètre carré, affirme Jean-Pierre Lévêque. Pascale Richter, architecte elle aussi, reconnaît que les concepteurs ont parfois tendance à projeter leurs propres envies et oublient le quotidien concret des résidents. Viser une tranquillité irréelle, c’est passer à côté de la vie qui palpite, faite d’échanges, de stimulations et même de bruit.

Le lieu même du bâtiment reste le premier choix à poser. « Un EHPAD n’est pas un objet », rappelle Pascale Richter : il doit s’inscrire dans la ville ou dans le village, se glisser dans le quartier, pas s’en détacher. Miser sur la périphérie pour réduire les coûts fonciers, c’est souvent couper court à la moindre vie sociale. Jean-Pierre Lévêque insiste : dépendre physiquement doit cesser d’être synonyme d’exil. La réalité d’ailleurs n’est pas celle d’un grand isolement : selon l’ANAP, 70 % des EHPAD sont intégrés à des zones urbaines ou périurbaines, non loin du quotidien de la cité.

Une maison vivante

Mais tout ne se joue pas à l’échelle d’un quartier. Pour rendre la maison de retraite réellement vivante, il faut ouvrir les portes, sortir d’une logique strictement administrative, inviter l’extérieur à entrer dans le quotidien de l’établissement. Pascale Richter évoque la création d’espaces partagés comme une médiathèque ou un restaurant où le voisinage peut venir. Le rapport parlementaire de 2018 cite l’exemple de l’EHPAD de Saint-Maur-des-Fossés, ouvert à une crèche, à un théâtre, générant rencontres et dynamiques inattendues. Cela dit, cette ouverture doit marcher main dans la main avec l’impératif de sécurité, renforcé après la crise récente.

La mixité entre générations s’impose comme une évidence pour Jean-Pierre Lévêque. Il imagine autant des parcs extérieurs accueillants que des espaces intérieurs vastes et ouverts, tel un atrium propice aux échanges. Même le simple couloir mérite mieux que la fonction d’axe de passage : il doit devenir un lieu de vie, jalonné d’occasions de s’attarder ou de s’émerveiller devant une œuvre. Pour Pascale Richter, plus question de couloirs anonymes ou d’espaces inutilisés : chaque pas dans l’établissement doit évoquer quelque chose de vivant, de stimulant, de partagé.

Approche d’accueil

Redonner un parfum de « chez-soi » : cela débute dès le seuil de la chambre. À l’image d’une maison, il faut un passage identifiable, la liberté de se réapproprier l’espace, pourquoi pas avec une lanterne, un banc ou un élément familier pour transformer le simple accès en lieu d’accueil. Pascale Richter le note : il est difficile de résumer une vie entière à 15 ou 20 m². Avec cinq mètres carrés de plus, tout change : on recrée un salon, on accueille famille et amis, la lumière se fait plus généreuse grâce à une deuxième fenêtre, et l’aération devient naturelle.

Il faut penser à intégrer des espaces extérieurs diversifiés comme des balcons, terrasses ou jardins. Ces lieux se révèlent précieux pour rompre le sentiment d’isolement, particulièrement éprouvé lors des confinements. Didier Sapy, directeur de la fédération dédiée à l’avenir et à la qualité de vie des personnes âgées, affirme qu’il s’agit désormais de séduire les futurs résidents grâce à des lieux agréables, ouverts et insérés clairement dans la vie de leur territoire. La transformation, l’agrandissement, la diversification des usages sont loin d’être des rêves hors de portée. D’après l’ANAP, 40 % des maisons de retraite disposent de plus de 6000 m² non bâtis, une réserve de potentiel à exploiter pour inventer de nouvelles fonctions, de nouveaux espaces, de nouveaux usages.

Respecter les obligations du « décret tertiaire »

L’avenir des maisons de retraite passe aussi par l’adaptation aux défis écologiques et à la gestion rigoureuse de l’énergie. Marie-Hélène Orsay, référence immobilière pour l’ANAP, insiste : il faudra tout repenser, de l’usage quotidien au déploiement futur des bâtiments pour tenir les objectifs fixés. Le « décret tertiaire » change la donne : les bâtiments de plus de 1000 m² devront réduire leur consommation d’énergie de 40 % d’ici 2030, moitié moins en 2040 et -60 % en 2050. Ce calendrier ne laisse place à aucune improvisation, d’autant plus que la chaleur gagne en fréquence et intensité, interrogeant la façon même de rafraîchir les lieux.

Pascal Brûlé, ingénieur à l’hôpital de Mantes-la-Jolie et référent technique/énergétique du Resah, rappelle la complexité du chantier. De nombreux responsables ignorent encore les détails de la consommation énergétique de leurs murs, se contentant d’observer les coûts au global. Pour mieux piloter la consommation, Resah a mis en place un système numérique de suivi qui détaille la consommation et affine la facturation. Un nouveau contrat d’accompagnement à l’efficacité énergétique va aussi voir le jour, prolongeant le suivi réglementaire au moins jusqu’en 2025, promet Pascal Brûlé.

Changer les murs, c’est bien. Mais donner vie, renouer le fil avec la société, faire reculer l’ombre du mot « EHPAD » pour laisser la place à de véritables maisons : tout est là. Inventer aujourd’hui les lieux où demain, nous accepterons de vieillir, c’est une urgence collective. Reste à savoir ce que nous serons prêts à exiger, dès qu’approche le moment de bâtir une mémoire commune.

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